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samedi 10 février 2007, 15h08
CONAKRY (Reuters) - L'annonce de la nomination d'un nouveau Premier ministre par le président Lansana Conté n'a pas permis de calmer la situation en Guinée, où au moins trois personnes ont péri lors de plusieurs manifestations hostiles au chef de l'Etat. De son côté, l'intersyndicale a maintenu pour lundi son appel à la grève générale en dépit de la décision du président. Les adversaires du chef de l'Etat estiment qu'Eugène Camara, un dirigeant du parti au pouvoir qui a été propulsé vendredi à la tête du gouvernement, est trop proche de l'équipe présidentielle pour représenter une véritable alternative. "On ne peut s'opposer à la volonté du peuple. Le président a fait un choix qui lui convient, mais qui ne convient pas au peuple", a dit Boubacar Biro Barry, un des principaux responsables syndicaux. "Nous contestons ce choix et l'appel à la grève pour lundi est maintenu", a-t-il dit à Reuters avant une réunion de l'intersyndicale. Des habitants de Bonfi, une banlieue de la capitale, affirment que les forces de sécurité ont tué un civil et en ont blessé un autre lorsqu'ils ont ouvert le feu sur des jeunes qui ont jeté des pierres sur un convoi de voitures qui transportait selon eux le président. "Deux personnes ont été touchées. L'une d'elles a péri. Elle avait été touchée à la tête", a dit un témoin sous le sceau de l'anonymat. UN MILITAIRE BRULE VIF La capitale guinéenne a été samedi la scène de pillages. Les écoles ont renvoyé les enfants chez eux et des barricades ont été érigées dans la nuit par des jeunes dans le quartier de Cosa. Deux personnes au moins ont été tuées à Kankan, un bastion de l'opposition à plus de 450 km à l'est de Conakry. Un militaire a ouvert le feu sur des manifestants avant d'être battu et brûlé vif, ont affirmé des habitants. "Il a tiré dans la foule, tué une personne et en a blessé plusieurs autres plusieurs autres qui ont été hospitalisées. Il a été poursuivi par la foule, attrapé, battu et brûlé vif", a dit un témoin. L'intersyndicale, qui accuse Conté de ne plus être en mesure d'assumer ses fonctions après 23 ans au pouvoir, avait donné au président jusqu'à lundi pour nommer un nouveau Premier ministre, comme il s'y était engagé aux termes d'un accord conclu il y a deux semaines pour mettre un terme à une première grève générale, qui avait duré 18 jours. Appuyés par l'opposition, les syndicats avaient alors déclenché un mouvement qui a paralysé le pays, dont la filière bauxite, principale pourvoyeuse de devises. Le mouvement - le troisième de cet ordre en l'espace d'un an - avait été émaillé d'affrontements avec les forces de l'ordre, qui s'étaient soldés par près d'une centaine de morts selon les défenseurs des droits de l'homme. Les syndicats n'avaient avancé aucun nom pour le poste de Premier ministre. Mais ils avaient affirmé que le futur chef du gouvernement ne devait pas être soupçonné de corruption comme l'entourage de Conté en est accusé. "Nous avons demandé un Premier ministre propre. A la place de cela, on nous a appelé un vieux de la vieille et, qui plus est, trop proche du pouvoir" a dit Louis Mbemba Soumah, secrétaire général du SNECG, un syndicat d'enseignants. "Pour nous, le mot d'ordre de grève est maintenu." A Boké, à 200 km au nord de Conakry, des jeunes ont incendié des voitures et des motos peu après l'annonce de la nomination de Camara. Dans la région dont est originaire le nouveau Premier ministre, autour de la ville de Nzerekoré, une fête locale a également dégénéré. Des manifestants ont incendié le bureau du maire et se sont affrontés à la police.
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